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Quartz reconstitué : la Californie vers une interdiction

Découpe d'une pierre sous jet d'eau sur une machine à commande numérique, dans un atelier de marbrerie

La Californie a engagé l'interdiction de fabriquer et de poser les plans de travail en quartz reconstitué. En cause : 592 cas de silicose, 31 décès.

Une décision prise à l'autre bout du monde, sur un matériau qui n'est pas de la pierre naturelle, et qui dit pourtant quelque chose du métier de marbrier. Voici ce qu'elle contient, et ce qu'elle ne dit pas.

Ce que la Californie a voté

Le 21 mai 2026, à Los Angeles, l'Occupational Safety and Health Standards Board, l'organe qui fixe les règles de sécurité au travail de l'État, a adopté à l'unanimité une pétition déposée par la Western Occupational and Environmental Medical Association. Elle demande d'interdire toute opération de fabrication et de pose portant sur de la pierre d'ingénierie contenant plus de 1 % de silice cristalline.

Le vote ne vaut pas interdiction immédiate. Il charge l'administration du travail californienne, Cal/OSHA, de rédiger une norme d'urgence, valable un an, le temps d'écrire une réglementation définitive, et de réunir un comité de médecins, de scientifiques et de représentants de la filière. La décision est engagée, le calendrier reste ouvert.

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Reportage de Capital & Main, publié le 29 mai 2026. En anglais, sous-titres disponibles sur YouTube.

592 cas, 65 greffes de poumon, 31 morts

Les chiffres viennent de la surveillance du California Department of Public Health. Au jour du vote, en mai 2026, on comptait 562 cas confirmés de silicose attribués à la pierre d'ingénierie, dont 288 dans le seul comté de Los Angeles. Sur l'ensemble de la période allant de janvier 2019 à juin 2026, le décompte s'établit à 592 cas, 65 greffes de poumon et 31 décès.

Derrière ces totaux, une série de cas publiée dans JAMA Internal Medicine donne le détail de 52 malades identifiés entre 2019 et 2022. Elle est difficile à lire. Âge médian au diagnostic : 45 ans. Cinquante et un sur cinquante-deux étaient des travailleurs immigrés. Dans 58 % des cas le diagnostic a été retardé, la maladie ayant d'abord été prise pour une pneumonie ou une tuberculose. 38 % en étaient déjà au stade de la fibrose massive lorsqu'elle a enfin été identifiée, et 19 % sont morts.

Ce qui frappe les médecins, c'est la forme que prend la maladie. La silicose classique met vingt à trente ans à s'installer. Ici, elle apparaît en quelques années, chez des ouvriers de quarante ans. On parle de silicose accélérée. Elle est irréversible, elle continue de progresser même après l'arrêt de l'exposition, et son seul traitement au stade avancé est la greffe pulmonaire.

Pourquoi le quartz reconstitué concentre le risque

Le matériau est un composite : des grains de quartz broyé agglomérés avec une résine, puis pressés et colorés. Cette composition explique sa régularité, et aussi sa teneur en silice cristalline. Le Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail la situe entre 90 et 97 % pour la pierre reconstituée. À titre de comparaison, le granit reste sous les 45 % et le marbre sous les 5 %.

Mais la teneur ne fait pas tout, et c'est le second point, moins connu. Ce qui rend la poussière dangereuse, c'est sa finesse : la fraction dite alvéolaire, assez fine pour descendre jusqu'au fond des poumons. Or les travaux publiés dans Scientific Reports montrent que la poussière issue de la pierre d'ingénierie est composée de particules plus fines que celle des pierres naturelles. Elles pénètrent donc plus profondément. Davantage de silice, dans des grains plus petits : le risque se cumule à chaque geste.

Une découpe à sec, à la disqueuse, dans un local mal ventilé, en produit des quantités considérables en quelques minutes.

La pierre naturelle n'est pas hors de cause

Il serait facile, pour une association de marbriers façonniers, de transformer cette actualité en argument commercial. Ce serait malhonnête, et nous préférons le dire clairement.

La silice cristalline n'est pas une invention des matériaux composites : c'est l'un des minéraux les plus répandus de la croûte terrestre. Une quartzite, qui est une pierre naturelle, peut dépasser 90 % de quartz, soit autant qu'un quartz reconstitué. Un granit en contient couramment un quart à la moitié. Le grès également.

Dalle de quartzite naturelle au veinage clair
La quartzite est une pierre naturelle, et pourtant l'une des plus riches en quartz : la silice cristalline n'est pas propre aux matériaux composites.

Ce qui protège un ouvrier, ce n'est donc pas l'étiquette du matériau, c'est la méthode de travail. Couper à l'eau plutôt qu'à sec, aspirer la poussière à la source, ventiler l'atelier, porter une protection respiratoire adaptée, mesurer l'empoussièrement, nettoyer sans balayer à sec. Ces gestes valent pour toutes les pierres. C'est d'ailleurs pour cela que la Californie, avant d'envisager une interdiction, avait déjà imposé en 2023 des règles renforcées de découpe humide et de protection respiratoire.

La différence tient à la marge d'erreur. Sur un matériau à 90 % de silice, un captage défaillant se paie beaucoup plus vite que sur un calcaire.

Et l'écart entre la règle et l'atelier est le vrai sujet. Les relevés de terrain menés aux États-Unis sur les ateliers de découpe montrent que la coupe à sec y reste très répandue, dans une large majorité des entreprises observées, alors même qu'elle est déconseillée partout. Déconseillée, mais interdite nulle part. Le risque n'est donc pas seulement dans le matériau, il est dans la façon dont on le travaille, et cette part-là ne dépend d'aucune interdiction.

Ailleurs : l'Australie a tranché

L'Australie est le premier pays au monde à avoir franchi le pas. Depuis le 1er juillet 2024, la fabrication, la fourniture, le façonnage et la pose de plans de travail, panneaux et dalles en pierre d'ingénierie y sont interdits, après une vague de cas comparable à celle observée en Californie.

Un détail de cette décision mérite d'être connu, parce qu'il éclaire tout le débat. Les fabricants avaient proposé un compromis : autoriser la pierre reconstituée en dessous de 40 % de silice. Le régulateur australien a refusé, au motif qu'aucune preuve scientifique n'établit l'existence d'un seuil sûr. Faute de dose que l'on sache inoffensive, il n'en a autorisé aucune. Le fait que le matériau ait des substituts a pesé dans la balance.

Les industriels ont malgré tout reformulé. Plusieurs fabricants proposent des dalles où le quartz est remplacé en partie par du verre recyclé, dont la silice est amorphe et non cristalline, donc nettement moins toxique pour les poumons. En Belgique, une demande d'interdiction a été déposée. Et en Espagne, 632 nouveaux cas de silicose ont été déclarés en 2025, tous types de silice confondus : un record. Le sujet ne reste pas cantonné à l'Australie et à la Californie.

Et en France ?

Aucune interdiction n'est annoncée. Le cadre est celui du risque chimique. Depuis le 1er janvier 2021, en application de l'arrêté du 26 octobre 2020, les travaux exposant à la poussière de silice cristalline alvéolaire issue de procédés de travail figurent sur la liste des procédés cancérogènes du code du travail. La valeur limite d'exposition professionnelle est fixée à 0,1 mg/m³ sur huit heures pour le quartz, et à 0,05 mg/m³ pour la cristobalite et la tridymite. La silicose est reconnue de longue date comme maladie professionnelle, au tableau n° 25 du régime général.

C'est là que le dossier français devient inconfortable. En avril 2019, l'ANSES a rendu une expertise sur la silice cristalline. Sa conclusion est explicite : la valeur limite de 0,1 mg/m³ « n'est pas suffisamment protectrice ». L'agence constate un risque sanitaire qu'elle qualifie de particulièrement élevé, supérieur à un cas pour mille travailleurs exposés, et cite les recommandations américaines et européennes situées à 0,025 mg/m³, soit quatre fois plus strictes.

Sept ans plus tard, la valeur limite française est toujours à 0,1 mg/m³.

Les ordres de grandeur de cette même expertise : environ 365 000 travailleurs exposés en France, dont 23 000 à 30 000 au-delà de la valeur limite en vigueur, et plus de 60 000 au-delà du seuil de 0,025 mg/m³ que l'agence prend pour référence. Les secteurs les plus concernés sont le bâtiment, la fabrication de produits minéraux non métalliques, la métallurgie et les industries extractives. Le métier de tailleur de pierre figure parmi les plus exposés.

Reste une question sans réponse : combien de marbriers français sont touchés ? Personne ne le sait. L'ANSES avait mis un premier cas français lié à la pierre artificielle en investigation dès 2017. Depuis, aucun décompte propre à ce matériau n'a été publié. Le chiffre de 365 000 couvre toute la silice et compte des exposés, pas des malades. Environ 200 maladies liées à la silice sont reconnues chaque année, tous secteurs confondus, ce qui ne dit rien de la part revenant au quartz reconstitué.

Autrement dit, le dispositif français répare une fois la maladie déclarée. Or la silicose ne recule jamais.

Deux marbriers mesurant un bloc de pierre brute avant débit, dans un atelier
Tout se joue à l'atelier, au moment où la pierre est débitée. C'est là que la poussière est produite, jamais dans la cuisine du client.

Ce que cela change pour un particulier

Rien, sur le plan sanitaire, une fois le plan de travail posé chez vous. La poussière est produite à la découpe, en atelier. Le risque est professionnel : il pèse sur celui qui façonne la pierre, pas sur celui qui l'utilise.

En revanche, la question mérite d'être posée au moment de choisir un atelier. Comment coupez-vous ? À l'eau ? Avec quelle aspiration ? C'est une question légitime, et un atelier qui travaille correctement y répond sans difficulté.

Choisir une matière qui se répare

Reste l'autre enseignement de cette affaire, plus discret : le quartz reconstitué a été vendu comme un matériau sans défaut, uniforme et inusable. Il est fabriqué, il ne se patine pas, et un éclat sur un chant ne se reprend pas comme sur une pierre massive.

La pierre naturelle, elle, se ponce, se repolit, se retaille. C'est ce qui explique qu'on la retrouve intacte, des siècles plus tard, dans le bâti ancien. Pour comprendre ce qui distingue vraiment ces familles de matériaux, lisez notre comparatif pierre naturelle, quartz ou céramique, découvrez les six pierres travaillées par le réseau et notre savoir-faire cuisine, ou trouvez un marbrier près de chez vous.

Sources

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